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  • 16 décembre 2018

    En Afrique, le changement climatique entraîne une multiplication des épidémies

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, les moustiques vecteurs de maladies tendent à se répandre à l’échelle du continent.

    Gabriel Mabikina vit depuis plus de soixante-dix ans à Pointe-Noire, au Congo. Chef de sa communauté, il connaît la région par cœur et ce qu’il observe depuis quelques années l’inquiète beaucoup : une présence accrue d’insectes dangereux, notamment de moustiques porteurs de maladies infectieuses dévastatrices. De manière instinctive, il attribue la pullulation de ces insectes à des modifications des rythmes saisonniers et à des changements dans l’équilibre de l’écosystème.
Il n’a pas tort. Sa perception purement empirique de son environnement est corroborée par des données scientifiques relevées au cours des dix dernières années. D’après une collecte d’informations réalisée en 2016 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et basée sur diverses études et enquêtes dans la région, on observe une recrudescence d’Aedes aegypti dans toute l’Afrique, y compris certains pays d’Afrique du Nord. Ce type de moustique est vecteur de maladies comme la fièvre jaune, la dengue, la fièvre à virus Zika ou encore la maladie à virus chikungunya.
Les risques d’épidémie majeure sont réels et constituent une menace pour le continent et la santé de ses habitants. Les faits sont là pour le prouver : des épidémies de fièvre jaune ont été relevées en Erythrée en 2005, à Madagascar en 2006, au Mali et en Côte d’Ivoire en 2008, en Angola en 2015 et 2016, en République démocratique du Congo (RDC) en 2016 et au Nigeria en 2017 et 2018. De même, la présence du virus Zika a été confirmée plusieurs fois dans des pays africains.
En outre, d’autres insectes vecteurs qui, dans le passé, n’existaient pas en Afrique, comme Aedes albopictus, plus communément connu sous le nom de moustique-tigre et porteur du même type de maladies, ont fait leur apparition dans certaines régions. Les moustiques Aedes sont d’autant plus nocifs qu’ils n’ont pas besoin de grandes réserves d’eau pour se reproduire et qu’ils prennent leur repas sanguin dans la journée et l’après-midi, quand la population est la plus exposée.
Cette recrudescence d’insectes vecteurs de maladies infectieuses est attribuée en partie à l’augmentation des échanges internationaux et du tourisme, mais surtout au changement climatique. D’après certaines études réalisées à l’échelle globale, celui-ci aurait pour effet d’accroître les zones où le climat est propice à la multiplication de ces insectes. Le rapport 1,5°C sur le climat et la santé, publié en octobre par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’annonce clairement : « Les preuves sont de plus en plus irréfutables que les variations météorologiques associées au changement climatique modifient l’étendue géographique, les saisonnalités ainsi que l’intensité de la transmission des maladies infectieuses. »
En d’autres termes, les vecteurs Aedes pourraient se répandre bien au-delà de leur zone actuelle d’ici à 2030, de même que le moustique anophèle, vecteur du paludisme, pourrait changer de zone géographique en fonction du réchauffement climatique. Une poussée de cette maladie, la plus fatale pour l’Afrique, a d’ailleurs été notée récemment dans beaucoup de pays du continent, avec 219 millions de cas et 435 000 décès en 2017, dont la plupart en Afrique. Dans le monde entier, 3,1 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros) ont été investis dans la lutte contre le paludisme en 2017.

  • 16 novembre 2018

    Un labo tout-terrain pour lutter contre les épidémies en Afrique de l’Ouest

    Testé au Sénégal, le prototype a connu son baptême du feu à Louga, où sévissait la dengue.

    C’est un camion blanc d’apparence conventionnelle. Bâti sur le châssis d’un camion Mercedes à six roues motrices, le laboratoire possède des équipements scientifiques dernier cri. Son habitacle renferme une petite révolution technologique qui pourrait bien bouleverser la lutte contre les épidémies virales en Afrique. En cette saison des pluies au Sénégal, dans la cour de l’institut Pasteur, on s’apprête à déployer pour sa première opération le Praesens Mobile Lab. Un laboratoire itinérant et modulable conçu pour se déplacer dans les reliefs accidentés, secs ou humides du continent, afin de réaliser directement sur le terrain les précieuses analyses permettant de détecter une épidémie avant sa propagation.
Paludisme, dengue, Zika, fièvre jaune, chikungunya font chaque année des centaines de milliers de victimes, dont une majeure partie en Afrique. C’est lors d’une épidémie particulièrement virulente, celle d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, que l’idée de ce camion a germé dans la tête d’un chercheur en biotechnologie belge, Rudi Pauwels.
Dans le vol qui le ramène en Belgique, Rudi Pauwels dessine le premier plan de son camion laboratoire sur une serviette en papier. Il crée dans la foulée la fondation Praesens, pour mettre en place son projet grâce à ses propres fonds et ceux de deux amis. Vingt-quatre mois et un demi-million d’euros plus tard, le premier prototype voit le jour grâce à une collaboration avec l’institut Pasteur de Dakar, sélectionné pour son expertise dans le domaine des arbovirus, ceux contractés par piqure d’insectes, et son vaste réseau régional.
« Nous souhaitons gagner encore en autonomie énergétique pour le prochain modèle, en installant des panneaux solaires et en générant notre propre eau, explique le directeur de l’institut. Nous voulons aussi réaliser de l’imagerie et de la prévention. »
Partenaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’institut Pasteur est souvent sollicité par les pays voisins comme le Mali, la Mauritanie ou la Guinée pour apporter son aide. Le Praesens Mobile Lab permettra donc à l’institution de développer une approche régionale dans la lutte contre les épidémies.

Sources : Le Monde Afrique 12/09/2018

  • 20 juin 2018

    L’e-santé, le grand espoir de l’Afrique


    Il a suffi d’une épidémie, Ebola, pour montrer dans quel terrible état se trouvaient les infrastructures et les systèmes de santé en Afrique de l’Ouest, malgré des décennies d’aide au développement. Et si la solution était numérique ? Et si la technologie, les applications et la mise en réseau permettaient des succès là où les briques et le mortier ont échoué ? C’est tout le pari de l’e-santé, qui suscite désormais de grands espoirs en Afrique.
    « Oui, la technologie vient des pays du Nord, mais les usages les plus avancés viennent de l’Afrique. En réduisant les coûts transactionnels, le numérique permet de réduire l’écart entre les populations africaines ayant accès à Internet et celles d’Europe ou des Etats-Unis. Jamais un Africain d’une grande ville n’a été aussi proche d’un Français. »
    Cela fait douze ans que l’MS a adopté une résolution pour la création d’une stratégie e-santé. Les innovations numériques contribuent aux objectifs de la couverture sanitaire universelle en faisant tomber certaines barrières comme le coût, l’accès ou le manque de qualité des soins, tout en étendant la gamme des services proposés. En particulier dans les régions où règne une pénurie de personnel et d’infrastructures.
    Mais l’essor concret de l’e-santé est plus récent. Depuis quelques années, partout sur le continent, les applications se développent. Et s’il devait y avoir un classement des priorités dans ce domaine, la santé des femmes enceintes et des enfants en bas âge arriverait en tête. Ainsi, sur les neuf projets récompensés, par l’Observatoire de l’e-santé dans les pays du Sud, six concernent des actions destinées à réduire la mortalité chez les mères et leurs nouveau-nés./
    Une révolution numérique est en marche et elle connecte 95 % de la population par un réseau cellulaire. Cette révolution inclut les pays du Sud et sort de leur isolement les populations les plus vulnérables.
    Le Monde Afrique, juin 2018