actualités

  • 5 mars 2019

    Un chiffre qui donne le vertige

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, un médicament sur dix vendus dans le monde est un faux.

    A moins de trois mois des élections européennes, cette mesure est la preuve que l’Union Européenne peut avoir une réelle utilité : un nouveau code informatique, apposé depuis quelques semaines sur toutes les boîtes de médicaments vendues en Europe, permet d’attester que le produit n’est ni contrefait ni détérioré. Une mesure prise pour lutter contre un trafic de médicaments qui prend de plus en plus d’ampleur à l’échelle mondiale, menaçant même de détrôner le trafic de stupéfiants en termes de rentabilité. Les chiffres en attestent : selon l’Organisation mondiale de la santé, un médicament sur dix vendus dans le monde est un faux. Ce chiffre donne le vertige, surtout quand on sait que ce trafic tue. En Afrique notamment, où la production et la vente de faux remèdes entraînent la mort, chaque année, de quelque 100 000 personnes. Un vrai problème de santé publique dont les pays africains commencent tout juste à prendre la mesure. Ils viennent de s’entendre pour créer une Agence africaine du médicament apte à combattre ce fléau du faux, mais il faudra du temps avant que les mauvaises pratiques et les circuits soient réduits à néant. Comme souvent, ce sont les plus pauvres qui trinquent, abusés par des beaux parleurs qui profitent de leur misère et de leur désarroi. Agir au niveau européen c’est bien, au niveau africain c’est encore mieux, mais ce ne doit être qu’un début. On ne viendra à bout du trafic de médicaments qu’à l’aide d’une action internationale concertée. Et celle-ci doit impérativement inclure les grands laboratoires pharmaceutiques qui, pour préserver leurs brevets, jouent parfois un rôle un peu trouble en entretenant la confusion entre médicaments trafiqués et médicaments génériques.
    Sources : Libération, lundi 4 mars 2019

  • 2 mars 2019

    Contrefaçon, faux…

    Quelle différence entre médicament contrefait, faux médicament et médicament sous-standard ou non conforme, médicament générique ?

    Médicament contrefait : La convention Médicrime du Conseil de l’Europe définit la contrefaçon de médicaments comme «la présentation trompeuse de l’identité ou de la source». Ce terme a une connotation juridique qui insiste sur la notion d’atteinte aux droits à la propriété intellectuelle. Pour l’OMS, un médicament contrefait est un produit délibérément et frauduleusement muni d’une étiquette n’indiquant pas son identité véritable. Parmi les médicaments contrefaits, certains peuvent contenir les bons principes actifs ou n’en contenir aucun.

    Faux médicament : Pour l’Institut de recherche anticontrefaçon des médicaments, la falsification est «l’action d’altérer un produit volontairement en vue de tromper». Le terme «falsification» met l’accent sur les risques d’atteinte à la santé publique.

    Médicament sous-standard ou non conforme : Ce sont d’authentiques médicaments produits par des fabricants qui ne respectent pas les standards de qualité élaborés dans le cadre national. Ces médicaments peuvent être sous-dosés ou mal étiquetés.

    Médicament générique : Il est conçu à partir de la molécule d’un médicament déjà autorisé (appelé médicament d’origine ou princeps) dont le brevet est désormais tombé dans le domaine public. Il doit avoir la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, la même forme pharmaceutique que le princeps et démontrer qu’il a la même efficacité thérapeutique.
    Sources : Libération, lundi 4 mars 2019

  • 2 février 2019

    Le tradipraticien, acteur marginalisé en Afrique francophone

    Malgré la popularité de la médecine traditionnelle, celle-ci demeure peu régulée et mal identifiée dans les discours de santé publique.

    Selon les données de l’OMS, 80 % de la population africaine a recours à la médecine traditionnelle pour répondre à leurs besoins en matière de soins. Cela pourrait amener à croire que le tradipraticien est un acteur de santé publique reconnu et valorisé. Pourtant, l’activité du praticien reste très peu réglementée dans plusieurs pays d’Afrique francophone.
    Le tradipraticien est une personne reconnue par la collectivité dans laquelle elle vit comme compétente pour diagnostiquer des maladies et invalidités y prévalant et dispenser des soins grâce à l’emploi de substances végétales, animales ou minérales, et d’autres méthodes fondées sur le fondement socioculturel et religieux, aussi bien que sur les connaissances, comportements et croyances liés au bien-être physique, mental et social de la collectivité.
    L’appellation « tradipraticien » inclut également les accoucheuses traditionnelles, les herboristes et les tradithérapeutes.
    Le tradipraticien est considéré comme le dépositaire du savoir ancestral qu’il a pour mission de répandre dans la société. Le recours à lui résulte aussi bien de la science qu’il possède ou est censé posséder que du sentiment qu’a la société de passer par cet intermédiaire utile pour obtenir l’opinion des ancêtres.
    L’un des principaux griefs fait à la médecine traditionnelle est l’approche méthodologique considérée comme approximative. On se demande si la médecine à base de plantes naturelles ne présenterait pas de sérieux dangers, notamment en raison de la difficulté à prescrire de bons dosages.  
    Sur le plan factuel, l’enthousiasme suscité par l’extension de la médecine conventionnelle s’est vite estompé devant la révélation d’obstacles difficiles à surmonter pour les populations. Ainsi, l’insuffisance d’accès aux médicaments essentiels et le faible pouvoir d’achat des populations justifient le renouvellement incessant de l’engouement pour la médecine traditionnelle. Rien que pour les frais de visite médicale, le montant varie entre 10 000 et 15 000 francs CFA pour les médecins, alors que les tradipraticiens accepteraient volontiers le dixième ou moins du même montant pour des prestations de qualité acceptable, si l’on en juge par la fréquence de leur clientèle.
    En Afrique francophone, la problématique est symptomatique des crises civilisationnelles que traverse la société. Dans une perspective historique, ces pays ont tous connu la domination étrangère, avec pour conséquence une tendance à placer dans un rapport hiérarchique la médecine moderne au-dessus de la médecine traditionnelle. Or, il est important d’établir des règles claires pour régir l’activité des tradipraticiens. Des exemples réussis, comme ceux de la médecine traditionnelle chinoise, pourraient inspirer le législateur.
    Source Le Monde Afrique, décembre 2018.